Les effets de la chimiothérapie

Des conséquences de la chimiothérapie, on retient davantage les effets secondaires et les risques qu’elle engendre, lesquels sont réels et importants.

Et les effets positifs? Dans mon cas, la chimio m’a permis de survivre à un cancer du sein HER2 positif ++, T1cN0M0, grade 2 et hormono-dépendant depuis 7 ans.

Et d’assister, notamment, à la naissance de mes petits-enfants, en 2009 et en 2015 :

Photo de Le cancer du sein de la princesse rebelle.
Photo de Le cancer du sein de la princesse rebelle.
Et vous? Quelles conséquences, quels effets, négatifs ou positifs, la chimiothérapie a-t-elle, directement ou en partie, entraîné dans votre vie?
243 personnes atteintes

Crâne fragile

Oh ma tête, ma tête!

La docteure B consulte les résultats de la mammo agrandie.

Les recalcifications n’arborent pas la forme suspecte qui nécessiterait une biopsie. La semaine se termine en beauté pour la docteure Belle d’Ivory, chirurgienne en oncologie; cette patiente là quittera le bureau  sourire aux lèvres.

La porte s’ouvre avec fracas. Surgit un fauteuil roulant, occupé par un fantôme blanc en jaquette bleue. Poussé maladroitement par un amoureux aux yeux cernés.

– … Bonjour… Qu’est-ce qui vous arrive?

J’ouvre la bouche pour dire: maux de tête insupportables, hospitalisée depuis 4 jours, scan du cerveau, pansinusite aigue bilatérale, infection,  fièvres, vomissements, ponction lombaire…

Depuis 2 jours, au moindre mouvement, des méga-vagues déferlent dans ma tête, se fracassent contre mon crâne, suivis de petits couteaux qui se plantent dans mon cerveau. Je ne me supporte qu’en position couchée et encore, immobile.

Mes pensées, ou les flots dans mon lobe frontal gauche, tentent de se transformer en brave petit radeau, lequel, une fois dirigé vers ma bouche et expulsé, devrait constituer un assemblage de mots appelé phrase.  Si possible cohérente. Échec lamentable. Le petit radeau se démantibule dans la région du thalamus et devient ce mot de 7 lettres qui ne serait payant au Scrabble que s’il était sur la case mot-compte-triple: DOULEUR!

Je m’entends répondre: …maaaaal à la tête…

Appuyant le dire d’un geste vers mon crâne, j’accroche le fil du soluté auquel je suis épinglée. Tendre amoureux se précipite comme si ma vie tenait à ce fil. Puis, se porte à mon secours et explique à Belle d’Ivory:

– Le microbiologiste vient de nous dire que ce sont les effets secondaires de la ponction lombaire. Elle subira un … quoi déjà?
– Blood patch, précise une voix d’outre-tombe que je crois reconnaître comme la mienne.

– Dans 2 jours, si les maux de tête persistent, elle subira un Blood patch, complète Tendramoureux.

Docteure B arbore des sourcils interrogatifs. Les Blood patch ne font pas partie de l’univers des chirurgiennes en oncologie de la Clinique du sein.
 
Reprenons du début. Comment une survivante du cancer du sein, agrémentée d’un  trouble anxieux pathologique, parvient-elle à oublier complètement le but de sa visite annuelle à la docteure Belle d’Ivory, chirurgienne en oncologie, chargée de lui transmettre le résultat de sa mammo annuelle?

Cette année, la mammo de février a été suivie d’une mammo agrandie, indice potentiel d’un petit quelque chose qui cloche. Habituellement déclencheur d’insomnie et de haute tension jusqu’à la micro-seconde où la docteure B ouvre enfin la bouche pour prononcer un verdict d’acquittement.

Parallèlement, une infection aux sinus mal soignée et, l’ai-je dit, douloureuse,me conduisait au urgences quatre jours avant le verdict mammaire annuel. Reléguant aux oubliettes toute appréhension de récidive du cancer.

Votre toute dévouée, mutée en immense nez sur deux pattes, était foudroyée, non pas d’inquiétude, mais par une douleur sans nom à la tête. Elle menaçait de se la couper pour de bon, juste au ras du cou, si les médecins ne lui réglaient pas son cas là tout de suite et plus vite que çà, nom d’une Bobinette.

Nous voici donc étendue sur une petite civière de fortune dans une pièce FORTEMENT ÉCLAIRÉE, assaillie des BRUITS INSUPPORTABLES causés par la discussion à voix basse du couple à côté, attendant le médecin en chef. Lequel, apercevant notre regard agonisant et notre fièvre volcanique, soupçonne une méningite, voire pire, des méta au cerveau.

D’où la ponction lombaire.

La ponction lombaire est pratiquée pour analyser le liquide céphalo-rachidien (LCR) afin d’éliminer notamment le diagnostic de méningite, conséquence possible de ma pansinusite bactérienne révélée par un scan du cerveau passé entre deux vomissements. Identifier le ou les ennemis à combattre permet  de cibler l’antibiotique approprié.

La ponction lombaire est un test invasif, fréquemment compliqué de céphalées, parfois très sévères et invalidantes.

Devinez qui est tombée pile dans le Parfois?

Selon Wikipedia, ce syndrome post-ponction lombaire présente une intensité maximale en position assise et debout, et diminuant en position allongée.

Votre toute dévouée précise que le qualificatif de maximale constitue un euphémisme très, très réducteur.

Mais alors, vous-dites-vous, en plein centre hospitalier, en plein centre urbain, en plein vingt-et-unième siècle, ils n’ont qu’à la soulager cette atrocissime douleur? Sachez que devant son intensité maximale, la morphine ou rien du tout, c’est du pareil au même.

En deux mots, si d’aventure vous subissez ce syndrome: RESTEZ COUCHÉ. Soulagement immédiat. Le seul possible.

Si vous détenez une étonnante habileté à vous situer, dans toute statistique, en plein Parfois, voire au coeur même du Exceptionnellement… Et si 4 jours d’immobilité totale ne suffisent pas à éliminer le syndrome post-ponction lombaire d’intensité maximale, le blood patch constitue le traitement de référence de cette complication.

Il s’agit de la réinjection du propre sang du patient au niveau du point de ponction lombaire, permettant la cicatrisation de la brèche méningée. Un prélèvement sanguin au pli du coude est effectué. Ce sang est réinjecté lentement entre la 4e et la 5e , ou entre la 3e et la 4e vertèbre lombaire (deux espaces intervertébraux où on ne risque pas de toucher la moelle épinière).

Mais on hésite à pratiquer le blood patch. Les traitements des effets secondaires comportent, eh oui, des effets secondaires! Lesquels sont éventuellement solutionnés par des traitements comportant… etc.  Ajoutez l’état préexistant, l’interaction médicamenteuse, l’allergie à la pénicilline, et le plus audacieux des urgentologues se fait retardologue: nous attendrons encore deux jours et si…

Princesse rebelle, pour une fois, s’est distinguée par un coup de chance inusité: deux jours après le quatre jours fatidique conduisant au blood patch, le syndrome s’est estompé. Lui épargnant le blood patch et ses effets secondaires, à défaut d’avoir évité l’intensité maximale.

– Pardon docteure, je dois y aller, le microbiologiste m’attend à 16 heures pour l’installation de l’équipement pour mon antibiotique intraveineux à la maison.

Je fais signe à mon cocher de mettre ma monture en route et adresse un furtif au-revoir de la main à la docteure B.

– Mme Labbé! s’écrie Belle d’Ivory stupéfaite.

– Mmmmmh? fais-je, tournant à peine la tête en sortant.

– Votre résultat!

Effort de concentration. Mon résult…

– Ah oui! La mammo?

– Tout est beau Mme Labbé, pas de récividive du cancer!

– Tant mieux… réponds-je distraitement, appliquée surtout à ne pas bouger la tête en parlant.

Et c’est ainsi que princesse rebelle et son tendramoureux apprirent qu’ils pouvaient célébrer leur 4e anniversaire de rémission du cancer du sein dans la plus totale indifférence. Totalement absorbés par leur nouvel ennemi: le streptocoque A!

Princesse rebelle Sinusite.

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Je me verse un thé. En prendriez-vous une petite tasse? Moment dubitatif. Dites-moi… que pensez-vous de ce nouvel épisode?

Pierre Bonnard, Le déjeûner, vers 1932.

 
 

Poupée d’inquiétude, quand te dépoupéed’inquiétuderas-tu?

Un 4 juillet en Amérique.

Avec ou sans confitures, les rôties du matin goûtent le métal. Sans cheveux, les papilles ferreuses, me voici, ex-princesse mutante, Lady Hickory, Dame de Fer-Blanc, dépossédée du bon usage de ma dépouille ô combien mortelle. Ligotée, armurée, projetée à mon corps défendant au pays d’OZ, moi qui ai toujours détesté les magiciens, d’OZ ou d’ailleurs, les balades en forêt, et par-dessus-tout ce film affreux, qui me glaçait, petite.

Ce Seule dans la forêt de mes dix ans, m’y revoici à quarante-huit, terrifiée non pas d’être seule, mais de l’être dans la forêt.

Définition de ce lieu oppressant dans mon Petit Robert psychique:

Forêt : Labyrinthe humide sans panneau lumineux affichant EXIT, foisonnant de personnages hideux, de lions sans couilles et de têtes de linottes empaillées. Lieu sans porte ni fenêtre, doté d’un plafond bas et d’un plancher visqueux. Tout y revêt une couleur vert de gris. On y entend les corbeaux sans les voir, cachés qu’ils sont par des tentacules branchues, lesquelles se dressent sur notre chemin exprès pour nous crever les yeux. Synonymes : trappe, piège, cage, enfer.

Le bois, en comparaison, constitue un lieu acceptable, voire agréable. Juste assez d’oxygène, juste assez de lumière. De plus petite superficie, il laisse entrevoir une issue, une éclaircie, un plan d’eau, un morceau de ciel, un brin d’horizon. Entre les feuilles s’immiscent un, deux, trois rayons de soleil, puits de lumière où le regard se fraye un chemin joyeux. Hospitalier, le boisé vous accueille sans vous engloutir, la porte demeure visible et entrouverte. Faune et flore se laissent admirer sans se jeter à votre figure. Le bois est un être civilisé.

Puisque, au quinzième jour post-première-chimio, mes tartines goûtent le métal, puisque le café soulève des raz-de-marées gastriques, replions le journal du matin dont les lignes sautillent de toute façon.

Petit moment patate de sofa, réfugiée en boule dans la doudouillette. Sous le coussin, ma main tombe sur un minuscule sac aux couleurs criardes de poncho chilien, cadeau de soeurette Pensée magique. Poupées d’inquiétude, poupées d’inquiétude, à l’aide, à moi!

Elles apparaissent illico, dans leurs robes effilochées, et enfouissent ma peur et mes nausées sous leurs crinolines magiques. La sorcière chimio lâche un grand cri, mord la poussière, et disparaît dans sa forêt glauque.

Elle reviendra, mais bénie soit la trève.

Et hop, je m’arrache de la doudouillette et enfile ma tenue d’athlète de chez Winneuse.

Au miroir, en passant : «Attache ta perruque, Iron woman, c’est l’heure du jogging. À défaut de papilles et d’estomac, tu disposes encore de jambes et de poumons valides.»