À propos

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Photo Liam More.

Un lundi 15 janvier, j’ai été catapultée dans un univers insoupçonné,  complexe, et vous savez quoi? Passionnant. Il s’agit du monde du cancer du sein, dont je ne prévoyais guère apprécier un jour les subtilités, ancrée que j’étais dans la certitude de ne point détenir les gênes prédestinants.

En effet, nul cancer du sein ne sévit dans notre généalogie Labbé-Rozon. Leucémie, AVC, défaillances de coeur ou de poumons constituent nos tueurs notoires. Les plus cruels frappèrent Pascal, 2 ans, fils de ma cousine M, et Jessika, 27 ans, la grande fille de ma cousine L et jeune maman, à la suite d’une erreur médicale si je ne m’abuse.

Nous comptons également à la rubrique tragédies, le célèbre accident de train qui frappa de plein fouet, peu avant ma naissance, la voiture de ma future marraine Roxanne et ses deux jeunes enfants.

Les frissons que nous éprouvions lorsque notre grand-mère Audélie nous racontait comment elle l’avait appris par la radio! Elle en parlait plus volontiers juste avant l’heure de s’agenouiller au pied de son lit, pour la prière quotidienne, diffusée sur sa petite radio de plastique orange dans les années 60.

Nous nous agenouillions avec elle, impressionnés, mais sans prier. Nous préférions nous apitoyer sur notre pauvre sort à l’idée de n’avoir point connu ce cousin François et cette cousine Suzanne,  assurément les plus formidables de la planète.

Dans un coffre à bijoux jouant Fur Elise, je conserve deux minuscules petits jouets de plastique leur ayant appartenu, légués solennellement par ma douce grand-mère lorsqu’elle m’en jugea digne de confiance. Ils reposent à côté de ses gants ivoires brodés, ceux-là même qu’elles arborait le jour où son fiancé fit une chute mortelle d’un manège au Parc Belmont.

Outre les trains, les coeurs brisés, les manèges de foire et la lente leucémie lymphatique de ma maman Gabrielle, la question mammaire se portait très bien merci, jusque là, dans notre tribu.

Quiconque a fréquenté le cancer peut témoigner du lent, mais intense processus de réflexion mis en branle avant même l’énonciation du mot fatidique par un médecin, quelque part, dans un cabinet beige ou vert pâle, devant un patient ou une patiente médusé(e).

Voilà ce que je me propose de vous raconter dans ces pages virtuelles, en  humant avec vous, si vous m’en faites l’honneur, l’arôme penché de la cafetière.

L’écriture thérapie, et, peut-être, l’amusement de quelques lecteurs. En bon français, un work in progress. Vous constaterez, si par hasard vous en relisez certains épisodes, qu’ils ont été modifiés. Comme on corrige sa composition à la petite école, je m’appliquerai à traquer l’erreur, à clarifier le propos, à restructurer le déroulement et la chronologie des épisodes.

Ainsi je pratiquerai la réécriture, un peu à l’exemple de Dany Laferrière (sans prétendre à la comparaison!), lequel annonça un jour abandonner l’écriture pour se consacrer désormais à la réécriture de ses livres. Pour l’abandon, il ne tint pas promesse, et nous nous en réjouissons.

Je n’ai senti l’appel du roman qu’une seule fois, à l’âge de 10 ans, dans une oeuvre dramatiquement intitulée Seule dans la forêt.

Quant à la poésie, dont les muses m’ont rapidement abandonnée, je préfère en admirer l’évolution chez mon amie Louise Warren, laquelle veille sur moi après les chimios, et laisse dans ma maison un nuage de poésie bleue, des monceaux de biscuits au beurre, des coeurs fabriqués avec des boutons multicolores, des revues appétissantes pour stimuler mon appétit et la voix de Jane Birkin.

Depuis la petite école, je n’ai jamais réussi à vivre sans écrire des lettres. Ma tribu et mes fidèles amis constituaient le cercle de mes victimes involontaires et indulgentes. Je devine leur soulagement lorsque le manuscrit fut supplanté par le courriel, si facile à supprimer par mégarde sans culpabilité!

Et que de lettres d’amour ont dû laisser leurs destinataires pantois, soupçonnant qu’ils n’étaient que le prétexte anecdotique de mon besoin  d’écrire. Paradoxalement, aux amours véritables que j’ai connus (avec un grand A disait notre chère Jeannette), je n’ai laissé que peu de traces écrites. Ceux-là ont surtout donné lieu à des traces vivantes, ici une enfant lumineuse et des beaux-fils aimés, là et là encore, une amitié indéfectible… Avec mon amoureux, je préfère savourer le créma du café matinal, côte à côte, plongés dans nos lectures, entrecoupées de bisous, d’exclamations et de projets pour la journée ou pour la vie.

Aujourd’hui, dans la solitude de la maladie (si bien entourée que je sois), dans la quasi-sédentarité qu’elle impose, la plume virtuelle me procure ce lien vital aux autres. Je rédige la plus longue missive que j’ai jamais écrite, à quiconque voudra bien la recevoir. Cette lettre sera mon voyage à la mer manqué, cet été.

Dans un premier temps je vous relaterai ces morceaux épars de faits tragi-cocasses, survenus dans ma petite vie ordinaire depuis janvier.

Je souhaite tenir à jour les péripéties de la patiente en apprentissage que je suis. Pour recréer le rythme vital des rituels quotidiens et hebdomadaires dont la maladie nous extirpe brutalement.

Les digressions, que je crains fréquentes, refléteront l’état d’esprit parfois chaotique dans lequel nous plonge l’aventure du cancer.

Le cliché veut que, la seconde avant de mourir, nous assistions en mode rewind au film de notre vie. Personne ne sait si le film se déroule du début à la fin, ou de l’instant de notre mort à reculons jusqu’au cri primal, ou encore dans le désordre chronologique le plus total. Le film nous re-montre-t-il tout, même lorsque nous faisions l’épicerie un jour de pluie? Un bouton permet-il d’accélérer les passages insignifiants ou de supprimer au montage certains épisodes moins glorieux?

Nul ne peut témoigner avoir vécu la chose de façon crédible.

Cependant toute victime d’une maladie potentiellement mortelle à court terme voit resurgir des épisodes de toute nature, de toutes époques, dans un ordre très peu chronologique, de sa vie.

Par exemple, il se peut que je vous relate comment Audélie, ma douce grand-maman, à laquelle je vous sens déjà attachés, a appris, alors qu’elle avait 4 enfants, que son mari, mon grand-père Louis, était bigame… faisant d’elle une fille mère (jeunes gens qui ignorez tout de ce concept étrange, sachez qu’il vous stigmatisait à jamais dans les années quarante). En effet, elle était la seconde épousée.

Tôt ou tard, à force de retouches, les morceaux épars trouveront bien leur exacte place dans le récit, véritable et imaginaire, de ma propre traversée du cancer. La seule dont je puisse parler en connaissance de cause.

J’accueillerai avec joie vos commentaires, ou votre récit, à l’adresse courriel figurant dans mon profil, ou dans la rubrique commentaires qui vous est ouverte.

Mais entrez donc! Soyez les bienvenus!

Prenez ce fauteuil, dans le soleil…

Puis-je vous offrir une tasse de thé?

Photo Liam Moore 23 janvier 2012

Viaduc de Millau, juillet 2013.

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