Il y a 20 ans mourait Gaston Miron

Gaston Miron

J’ai eu le privilège, en début vingtaine, avec mon ami Jean Marois, de fréquenter dans des occasions très 《 quotidiennes 》 , ce monument que fut Gaston Miron.   Ce fut par l’entremise de mon amie prof de lettres Aline Robitaille, une de ses amies proches. Je ne mesurais alors pas tout-à-fait l’envergure de ce privilège.

La vie passant, devenue maman,  j’ai un peu perdu Aline de vue et forcément Gaston Miron. Aline m’en voulait d’avoir bifurqué de mon plan d’enseigner les lettres au cegep avec elle. Le Bac en littérature  terminé, je suis passée à la sociologie en propédeutique. Jusque là, j’étais récupérable. Mais lorsque j’ai débuté une maîtrise en gestion, elle faisait semblant de ne jamais se souvenir des trois lettres MBA, frissonnante d’indignation devant mes choix. Je l’avais trahie, ma vieille amie, le mentor de mes 19 ans, mon guide.

Quant à Gaston Miron, j’ai raté une occasion de le revoir une dernière fois, dans ma fin trentaine.

Lors d’une rencontre dans un lancement de livre, nous nous sommes fixés rendez-vous, à son retour de France, quelques semaines plus tard, pour visiter ensemble cette amie Aline, alors atteinte de la maladie d’Alzeimer.

Il m’avouait ne pas en avoir eu le courage, des amis le lui ayant déconseillé. Du haut de mon insolente fin trentaine je l’ai convaincu d’y aller, comme si j’y connaissais quelque chose. Il m’a demandé de l’accompagner.

Curieusement, il m’a paru insistant quant au nombre de semaines précis au bout desquelles je devais l’appeller. Prenant ma main pour y déposer son numéro de téléphone personnel, griffonné sur sa carte, il répétait le nombre de semaines en question, pressant ma main dans la sienne et me fixant droit dans les yeux, comme s’il jugeait mon attention trop dispersée. Je me souviens lui avoir promis de ne pas oublier.

Savait-il que ses jours étaient comptés? J’imagine…

Avant que j’aie eu le temps de lui téléphoner, j’ai entendu à la radio qu’il était en phase terminale d’un cancer foudroyant à l’hôpital. J’ai cru entendre une étagère de cristal se fracasser par terre. Vous savez ces moments où l’irréparable vous saute au visage?

C’est à lui que je pense quand j’entends la chanson Le rendez-vous (où vous n’êtes pas venue. ..), de Claude Léveillée je crois?

Au coin des rues St-Denis et Gilford à Montréal, un petit cubicule de verre est érigé à son nom. C’est peut-être même un arrêt de bus? Et si je m’y tenais, les yeux fermés, un soir de pleine lune de 14 décembre, pourrais-je enfin le revoir et se souviendrait-il de sa petite admiratrice ?

Mais ce sera pour une autre année, encore une fois, mon rendez-vous merveilleux sera reporté, une pneumonie me graffignant les poumons en ce 14 décembre 2016.

Mais avec le grand Gaston Miron, et la toute minuscule moi, nous n’en sommes plus à une année près.

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